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Page:Nietzsche - Ainsi parlait Zarathoustra (trad. Albert, 1903).djvu/364

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reploiements sur soi-même, il commença à se lamenter ainsi :

Qui me réchauffe, qui m’aime encore ?
Donnez des mains chaudes !
donnez des cœurs-réchauds !
Étendu, frissonnant,
un moribond à qui l’on chauffe les pieds —
secoué, hélas ! de fièvres inconnues,
tremblant devant les glaçons aigus des frimas,
chassé par toi, pensée !
Innommable ! Voilée ! Effrayante !
chasseur derrière les nuages !
Foudroyé par toi,
œil moqueur qui me regarde dans l’obscurité :
— ainsi je suis couché,
je me courbe et je me tords, tourmenté
par tous les martyres éternels,
frappé
par toi, chasseur le plus cruel,
toi, le dieu — inconnu…

Frappe plus fort !
Frappe encore une fois !
Transperce, brise ce cœur !
Pourquoi me tourmenter
de flèches épointées ?
Que regardes-tu encore,
toi que ne fatigue point la souffrance humaine,
avec un éclair divin dans tes yeux narquois ?
Tu ne veux pas tuer,
martyriser seulement, martyriser ?
Pourquoi — me martyriser ?