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Page:Nietzsche - Ainsi parlait Zarathoustra (trad. Albert, 1903).djvu/345

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hautes montagnes ! Et quand même ce que je veux là-haut est une folie : mieux vaut faire une folie que de devenir solennel et vert et jaune à force d’attendre dans les profondeurs —

— bouffi de colère à force d’attendre comme le hurlement d’une sainte tempête qui vient des montagnes, comme un impatient qui crie vers les vallées : « Ecoutez ou je vous frappe avec les verges de Dieu ! »

Non que j’en veuille pour cela à de pareils indignés : je les estime juste assez pour que j’en rie ! Je comprends qu’ils soient impatients, ces grands tambours bruyants qui auront la parole aujourd’hui ou jamais !

Mais moi et ma destinée — nous ne parlons pas à « l’aujourd’hui », nous ne parlons pas non plus à « jamais » : nous avons de la patience pour parler, nous en avons le temps, largement le temps. Car il faudra pourtant qu’il vienne un jour et il n’aura pas le droit de passer.

Qui devra venir un jour et n’aura pas le droit de passer ? Notre grand hasard, c’est-à-dire notre grand et lointain Règne de l’Homme, le règne de Zarathoustra qui dure mille ans. — —

Si ce « lointain » est lointain encore, que m’importe ! Il n’en est pas moins solide pour moi, — plein de confiance je suis debout des deux pieds sur cette base,

— sur une base éternelle, sur de dures roches primitives, sur ces monts anciens, les plus hauts et les plus durs, de qui s’approchent tous les vents,