Ouvrir le menu principal

Page:Nietzsche - Ainsi parlait Zarathoustra (trad. Albert, 1903).djvu/323

Cette page a été validée par deux contributeurs.



J’ai dit ma parole, ma parole me brise : ainsi le veut ma destinée éternelle, — je disparais en annonciateur !

L’heure est venue maintenant, l’heure où celui qui disparaît se bénit lui-même. Ainsi — finit le déclin de Zarathoustra. » —

Lorsque les animaux eurent prononcé ces paroles, ils se turent et attendirent que Zarathoustra leur dît quelque chose : mais Zarathoustra n’entendait pas qu’ils se taisaient. Il était étendu tranquille, les yeux fermés, comme s’il dormait, quoiqu’il ne fût pas endormi : car il s’entretenait avec son âme. Le serpent cependant et l’aigle, lorsqu’ils le trouvèrent ainsi silencieux, respectèrent le grand silence qui l’entourait et se retirèrent avec précaution.



DU GRAND DÉSIR


Ô mon âme, je t’ai appris à dire « aujourd’hui », comme « autrefois » et « jadis », et à danser ta ronde par-dessus tout ce qui était ici, là et là-bas.

Ô mon âme, je t’ai délivrée de tous les recoins, j’ai éloigné de toi la poussière, les araignées et le demi-jour.

Ô mon âme, j’ai lavé de toi toute petite pudeur et la vertu des recoins et je t’ai persuadée d’être nue devant les yeux du soleil.