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Page:Nietzsche - Ainsi parlait Zarathoustra (trad. Albert, 1903).djvu/266

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« Et te souviens-tu, ô Zarathoustra ? Lorsque vint ton heure la plus silencieuse qui te chassa de toi-même, lorsqu’elle te dit avec de méchants chuchotements : « Parle et détruis ! » —

« — lorsqu’elle te dégoûta de ton attente et de ton silence et qu’elle découragea ton humble courage : c’était de l’abandon ! » —

Ô solitude ! Toi ma patrie, solitude ! Comme ta voix me parle, bienheureuse et tendre !

Nous ne nous questionnons point, nous ne nous plaignons point l’un à l’autre, ouvertement nous passons ensemble les portes ouvertes.

Car tout est ouvert chez toi et il fait clair ; et les heures, elles aussi, s’écoulent ici plus légères. Car dans l’obscurité, le temps vous paraît plus lourd à porter qu’à la lumière.

Ici se révèle à moi l’essence et l’expression de tout ce qui est : tout ce qui est veut s’exprimer ici, et tout ce qui devient veut apprendre de moi à parler.

Là-bas cependant — tout discours est vain ! La meilleure sagesse c’est d’oublier et de passer : — c’est ce que j’ai appris !

Celui qui voudrait tout comprendre chez les hommes devrait tout prendre. Mais pour cela j’ai les mains trop propres.

Je suis dégoûté rien qu’à respirer leur haleine ; hélas ! pourquoi ai-je vécu si longtemps parmi leur bruit et leur mauvaise haleine !

Ô bienheureuse solitude qui m’enveloppe ! Ô