Ouvrir le menu principal

Page:Nietzsche - Ainsi parlait Zarathoustra (trad. Albert, 1903).djvu/244

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


envers les autres, comme les grains de sable sont ronds, loyaux et bienveillants envers les grains de sable.

Embrasser modestement un petit bonheur, — c’est ce qu’ils appellent « résignation » ! et du même coup ils louchent déjà modestement vers un nouveau petit bonheur.

Dans leur simplicité, ils n’ont au fond qu’un désir : que personne ne leur fasse mal. C’est pourquoi ils sont prévenants envers chacun et ils lui font du bien.

Mais c’est là de la lâcheté : bien que cela s’appelle « vertu ». —

Et quand il arrive à ces petites gens de parler avec rudesse : je n’entends dans leur voix que leur enrouement, — car chaque coup de vent les enroue !

Ils sont rusés, leurs vertus ont des doigts agiles. Mais il leur manque les poings : leurs doigts ne savent pas se cacher derrière leur poing.

La vertu, c’est pour eux ce qui rend modeste et apprivoisé : c’est ainsi qu’ils ont fait du loup un chien et de l’homme même le meilleur animal domestique de l’homme.

« Nous avons placé notre chaise au milieu — c’est ce que me dit leur hilarité — et à la même distance des gladiateurs mourants et des truies joyeuses. »

Mais c’est là — de la médiocrité : bien que cela s’appelle modération. —