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Page:Nietzsche - Ainsi parlait Zarathoustra (trad. Albert, 1903).djvu/242

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Lors même qu’ils me glorifient : comment pourrais-je m’endormir sur leur gloire ? Leur louange est pour moi une ceinture épineuse : elle me démange encore quand je l’enlève.

Et cela aussi je l’ai appris au milieu d’eux : celui qui loue fait semblant de rendre ce qu’on lui a donné, mais en réalité veut qu’on lui donne davantage !

Demandez à mon pied si leur manière de louer et d’allécher lui plaît ! En vérité, il ne veut ni danser, ni se tenir tranquille selon une telle mesure et un tel tic-tac.

Ils essaient de me faire l’éloge de leur petite vertu et de m’attirer vers elle ; ils voudraient bien entraîner mon pied au tic-tac du petit bonheur.

Je passe au milieu de ce peuple et je tiens mes yeux ouverts : ils sont devenus plus petits et ils continuent à devenir toujours plus petits : — c’est leur doctrine du bonheur et de la vertu qui en est la cause.

Car ils ont aussi la modestie de leur vertu, — parce qu’ils veulent avoir leurs aises. Mais seule une vertu modeste se comporte avec les aises.

Ils apprennent aussi à marcher à leur manière et à marcher en avant : c’est ce que j’appelle aller clopin-clopant. — C’est ainsi qu’ils sont un obstacle pour tous ceux qui se hâtent.

Et il y en a qui vont en avant, tandis qu'ils regardent en arrière, le cou tendu : volontiers je me heurterai à de tels corps.