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Page:Nietzsche - Ainsi parlait Zarathoustra (trad. Albert, 1903).djvu/232

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dérobe maintenant à mon bonheur, m’offrant à tous les malheurs — pour ma dernière épreuve et mon dernier examen de conscience.

Et, en vérité, il était temps que je partisse, et l’ombre du voyageur et le temps le plus long et l’heure la plus silencieuse, — tous m’ont dit : « Il est grand temps ! »

Le vent a soufflé dans le trou de la serrure et m’a dit : « Viens ! » La porte s’est ouverte sournoisement et m’a dit : « Va ! »

Mais j’étais enchaîné à l’amour pour mes enfants : c’est le désir qui m’attachait par ce lien, le désir d’amour, afin de devenir la proie de mes enfants et de me perdre pour eux.

Désirer — pour moi c’est déjà : me perdre. Je vous ai, mes enfants ! Dans cette possession, tout doit être certitude et rien ne doit être désir.

Mais le soleil de mon amour brûlait sur ma tête, Zarathoustra cuisait dans son propre jus, — alors des ombres et des doutes ont passé sur moi.

Déjà je désirais le froid et l’hiver : « Ô que le froid et l’hiver me fassent de nouveau grelotter et claquer des dents ! » soupirai-je : — alors des brumes glaciales s’élevèrent de moi.

Mon passé brisa ses tombes, mainte douleur enterrée vivante se réveilla — : elle n’avait fait que dormir cachée sous les linceuls.

Ainsi tout me disait par des signes : « Il est temps ! » Mais moi — je n’entendais pas : jusqu’à