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Page:Nietzsche - Ainsi parlait Zarathoustra (trad. Albert, 1903).djvu/231

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son œuvre ; et où il y a un grand amour de soi, c’est signe de fécondité : voilà ce que j’ai remarqué.

Mes enfants fleurissent encore dans leur premier printemps, les uns auprès des autres, secoués ensemble par le vent, ce sont les arbres de mon jardin et de mon meilleur terrain.

Et en vérité ! Où il y a de tels arbres, les uns auprès des autres, là il y a des Îles Bienheureuses !

Mais un jour je les déplanterai et je les placerai chacun pour soi : afin que chacun apprenne la solitude, la fierté et la prudence.

Noueux et tordu, avec une dureté flexible, chacun doit se dresser auprès de la mer, phare vivant de la vie invincible.

Là-bas, où les tempêtes se précipitent dans la mer, où le pied de la montagne est baigné par les flots, il faudra que chacun monte la garde de jour et de nuit, veillant pour faire son examen de conscience.

Il faut qu’il soit reconnu et éprouvé, pour que l’on sache s’il est de ma race et de mon origine, s’il est maître d’une longue volonté, silencieux, même quand il parle, et cédant de façon à prendre, lorsqu’il donne : —

— afin de devenir un jour mon compagnon, créant et chômant avec Zarathoustra : — quelqu’un qui inscrira ma volonté sur mes tables, pour l’accomplissement total de toutes choses.

Et, à cause de lui et de ses semblables, il faut que je me réalise moi-même : c’est pourquoi je me