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Page:Nietzsche - Ainsi parlait Zarathoustra (trad. Albert, 1903).djvu/159

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Ce n’est qu’en dansant que je sais dire les symboles des choses les plus sublimes : — mais maintenant mon plus haut symbole est resté sans que mes membres puissent le figurer !

La plus haute espérance est demeurée fermée pour moi sans que j’aie pu en révéler le secret. Et toutes les visions et toutes les consolations de ma jeunesse sont mortes !

Comment donc ai-je supporté ceci, comment donc ai-je surmonté et assumé de pareilles blessures ? Comment mon âme est-elle ressuscitée de ces tombeaux ?

Oui ! il y a en moi quelque chose d’invulnérable, quelque chose qu’on ne peut enterrer et qui fait sauter les rochers : cela s’appelle ma volonté. Cela passe à travers les années, silencieux et immuable.

Elle veut marcher de son allure, sur mes propres jambes, mon ancienne volonté ; son sens est dur et invulnérable.

Je ne suis invulnérable qu’au talon. Tu subsistes toujours, égale à toi-même, toi ma volonté patiente ! tu as toujours passé par toutes les tombes !

C’est en toi que subsiste ce qui ne s’est pas délivré pendant ma jeunesse, et vivante et jeune tu es assise, pleine d’espoir, sur les jaunes décombres des tombeaux.

Oui, tu demeures pour moi la destructrice de tous les tombeaux : salut à toi, ma volonté ! Et ce n’est que là où il y a des tombeaux, qu’il y a résurrection. —

Ainsi parlait Zarathoustra.