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Page:Nietzsche - Ainsi parlait Zarathoustra (trad. Albert, 1903).djvu/127

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En vérité, je préfère voir un regard impudique, que les yeux battus de leur honte et de leur dévotion.

Qui donc s’est créé de pareilles cavernes et de tels degrés de pénitence ? N’était-ce pas ceux qui voulaient se cacher et qui avaient honte du ciel pur ?

Et ce n’est que quand le ciel pur traversera les voûtes brisées, quand il contemplera l’herbe et les pavots rouges qui croissent sur les murs en ruines, que j’inclinerai de nouveau mon cœur vers les demeures de ce Dieu.

Ils pensèrent vivre en cadavres, ils drapèrent de noir leurs cadavres ; et même dans leurs discours je sens la mauvaise odeur des chambres mortuaires.

Et celui qui habite près d’eux habite près de noirs étangs, d’où l’on entend chanter la douce mélancolie du crapaud sonneur.

Il faudrait qu’ils me chantassent de meilleurs chants pour que j’apprenne à croire en leur Sauveur : il faudrait que ses disciples aient un air plus sauvé !

Je voudrais les voir nus : car seule la beauté devrait prêcher le repentir. Mais qui donc pourrait être convaincu par cette affliction masquée !

En vérité, leurs sauveurs eux-mêmes n’étaient pas issus de la liberté et du septième ciel de la liberté ! En vérité, ils ne marchèrent jamais sur les tapis de la connaissance.

L’esprit de ces sauveurs était fait de lacunes ; mais dans chaque lacune ils avaient placé leur folie, leur bouche-trou qu’ils ont appelé Dieu.