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Page:Nietzsche - Ainsi parlait Zarathoustra (trad. Albert, 1903).djvu/114

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n’était pas moi que j’y avais vu, mais la face grimaçante et le rire sarcastique d’un démon.

En vérité, je comprends trop bien le sens et l’avertissement du rêve : ma doctrine est en danger, l’ivraie veut s’appeler froment.

Mes ennemis sont devenus puissants et ils ont défiguré l’image de ma doctrine, en sorte que mes préférés ont eu honte des présents que je leur ai faits.

J’ai perdu mes amis ; l’heure est venue de chercher ceux que j’ai perdus ! » —

En prononçant ces mots, Zarathoustra se leva en sursaut, non comme quelqu’un qui est angoissé par la peur, mais plutôt comme un visionnaire et un barde dont s’empare l’Esprit. Étonnés, son aigle et son serpent regardèrent de son côté : car, semblable à l’aurore, un bonheur prochain reposait sur son visage.

Que m’est-il donc arrivé, ô mes animaux ? — dit Zarathoustra. Ne suis-je pas transformé ! La félicité n’est-elle pas venue pour moi comme une tempête ?

Mon bonheur est fou et il ne dira que des folies : il est trop jeune encore — ayez donc patience avec lui !

Je suis meurtri par mon bonheur : que tous ceux qui souffrent soient mes médecins !

Je puis redescendre auprès de mes amis et aussi auprès de mes ennemis ! Zarathoustra peut de nouveau parler et répandre et faire du bien à ses bien-aimés !