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Page:Nietzsche - Ainsi parlait Zarathoustra.djvu/99

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Mais il n’était pas encore mûr. L’amour du jeune homme manque de maturité, et c’est ainsi aussi qu’il hait les hommes et la terre. Chez lui l’âme et les ailes de la pensée sont encore liées et lourdes.

Mais il y a plus d’enfant dans l’homme que dans le jeune homme, et moins de tristesse : il comprend mieux la mort et la vie.

Libre pour la mort et libre dans la mort, divin négateur, s’il n’est plus temps d’affirmer : ainsi il comprend la vie et la mort.

Que votre mort ne soit pas un blasphème des hommes et de la terre, mes amis : c’est ce que je réclame du miel de votre âme.

Votre esprit et votre vertu doivent encore enflammer votre agonie, comme la rougeur du couchant enflamme la terre : si non, votre mort vous aura mal réussi.

C’est ainsi que je veux mourir moi-même, afin qu'à cause de moi, vous aimiez davantage la terre, amis ; et je veux redevenir terre pour que je trouve mon repos en celle qui m’a engendré.

En vérité, Zarathoustra avait un but, il a lancé sa balle ; maintenant, amis, vous êtes les héritiers de mon but, c’est à vous que je lance la balle dorée.

Je préfère à toute autre chose de vous voir lancer la balle dorée, mes amis ! Et c’est pourquoi je demeure encore un peu sur la terre : pardonnez-le-moi !

Ainsi parlait Zarathoustra.

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