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Page:Nietzsche - Ainsi parlait Zarathoustra.djvu/84

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tourment de ta justice qui te force à être juste envers ceux qui te méprisent ?

Tu forces beaucoup de gens à changer d’avis sur toi ; c’est ce qu’ils te comptent durement. Tu t’es approché d’eux et quand même tu as passé : c’est ce qu’ils ne te pardonneront jamais.

Tu les dépasses : mais plus tu t’élèves, plus tu parais petit aux yeux des envieux. Mais celui qui vole dans les airs est le plus haï.

« Comment voudriez-vous être justes envers moi ! — c’est ainsi qu’il te faut parler — je choisis pour moi votre injustice, comme la part qui m’est due. »

Injustice et ordures, voilà ce qu’ils jettent après le solitaire : pourtant, mon frère, si tu veux être une étoile, il faut que tu les éclaires malgré tout !

Et garde-toi des bons et des justes ! Ils aiment à crucifier ceux qui s’inventent leur propre vertu, — ils haïssent le solitaire.

Garde-toi aussi de la sainte simplicité ! Tout ce qui n’est pas simple lui est impie ; elle aime également à jouer avec le feu — des bûchers.

Et garde-toi aussi des accès de ton amour ! Trop vite le solitaire tend la main à celui qu’il rencontre.

Il y a des hommes à qui tu ne dois pas donner la main, mais seulement la patte : et je veux que ta patte ait aussi des griffes.

Mais le plus dangereux ennemis que tu puisses rencontrer sera toujours toi-même ; c’est toi-même que tu guettes dans les cavernes et les forêts.