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Page:Nietzsche - Ainsi parlait Zarathoustra.djvu/74

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Es-tu pour ton ami air pur et solitude, pain et médicament ? Il y en a qui ne peuvent pas délier leur propre chaîne, et pourtant, pour leurs amis, ils sont des sauveurs.

Es-tu un esclave ? Tu ne saurais être ami. Es-tu un tyran ? Tu ne saurais avoir d’amis.

Depuis trop longtemps un esclave et un tyran étaient cachés dans la femme. C’est pourquoi la femme n’est pas encore capable d’amitié : elle ne connaît que l’amour.

Dans l’amour de la femme il y a de l’injustice et de l’aveuglement pour tout ce qu’elle n’aime pas. Et dans l’amour conscient de la femme il y a toujours, à côté de la lumière, la surprise, l’éclair et la nuit.

La femme n’est pas encore capable d’amitié : Des chattes, voilà ce que sont toujours encore les femmes, des chattes et des oiseaux. Ou, quand cela va bien, des vaches.

La femme n’est pas encore capable d’amitié. Mais, dites-moi, vous autres hommes, qui, parmi vous, est donc capable d’amitié ?

Hélas, oh hommes ! votre pauvreté et votre avarice de l’âme ! Ce que vous donnez à vos amis, je veux le donner même à mes ennemis sans en devenir plus pauvre.

Il y a de la camaraderie : qu’il y ait de l’amitié !

Ainsi parlait Zarathoustra.

Et avec quel air gentil la chienne Sensualité sait mendier un morceau d’esprit, quand on lui refuse un morceau de chair.

Vous aimez les tragédies et tout ce que brise le cœur ? Mais moi je suis méfiant envers votre chienne.

Vous avez des yeux trop cruels et, pleins de désirs, vous regardez vers ceux qui souffrent. Votre lubricité ne s’est-elle pas travestie pour s’appeler pitié ?

Et je vous donne aussi cette parabole : Ils n’étaient pas en petit nombre, ceux qui voulaient chasser leurs démons et qui entrèrent eux-mêmes dans les pourceaux.

Si la chasteté pèse à quelqu’un, il faut l’en détourner, pour qu’elle ne devienne pas le chemin de l’enfer — c’est à dire la fange et la fournaise de l’âme.

Parlé-je de choses malpropres ? Ce n’est pas ce qu’il y a de pire à mes yeux.

Ce n’est pas quand la vérité est malpropre, mais quand elle est basse, que celui qui cherche la connaissance n’aime pas à descendre dans ses eaux.

En vérité, il y en a qui sont chastes jusqu’au fond du cœur : ils sont plus doux de cœur, ils aiment mieux à rire et ils rient plus que vous.

Ils rient aussi de la chasteté et demandent : « Qu’est-ce que la chasteté !

La chasteté n’est-elle pas une vanité ? Mais cette vanité est venue à nous, nous ne sommes pas venus à elle.

Nous avons offert à cet étranger l’hospitalité de notre cœur, maintenant il habite chez nous, — qu’il y reste autant qu’il voudra ! ».

Ainsi parlait Zarathoustra.

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