Ouvrir le menu principal

Page:Nietzsche - Ainsi parlait Zarathoustra.djvu/67

Cette page a été validée par deux contributeurs.



Fuis, mon ami, dans ta solitude : je te vois meurtri par des mouches venimeuses. Fuis là-haut où souffle un vent rude et fort !

Fuis dans ta solitude ! Tu as vécu trop près des petits et des pitoyables. Fuis devant leur vengeance invisible ! À ton égard ils ne sont que vengeance.

N’élève plus le bras contre eux ! Ils sont innombrables et ce n’est pas ta destinée d’être un chasse-mouches.

Innombrables sont ces petits et ces pitoyables ; et de fiers édifices se sont vus détruits par des gouttes de pluie et des mauvaises herbes.

Tu n’es pas une pierre, mais déjà des gouttes nombreuses te crevassèrent. Des gouttes nombreuses te fêleront et te briseront encore.

Je te vois fatigué par les mouches venimeuses, je te vois déchiré et sanglant en maint endroit ; et ta fierté ne veut pas même se mettre en colère.

Elles voudraient ton sang en toute innocence, leurs âmes anémiques réclament du sang — et elles piquent en toute innocence.

Mais toi qui es profond, tu souffres trop profondément, même des petites blessures ; et avant que tu sois guéri, le même ver venimeux t’a rampé sur la main.

Tu me sembles trop fier pour tuer ces gourmands. Mais prends garde que cela ne devienne ta destinée de porter toute leur venimeuse injustice !

Ils bourdonnent autour de toi avec leurs louanges aussi : importunités, voilà leurs louanges. Ils veulent être près de ta peau et de ton sang.