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Page:Nietzsche - Ainsi parlait Zarathoustra.djvu/450

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Hélas ! Hélas ! Le chien hurle, la lune brille. Je préfère mourir, mourir que de vous dire ce que pense maintenant mon cœur de minuit.

Déjà je suis mort. C’en est fait. Araignée, pourquoi tisses-tu ta toile autour de moi ? Veux-tu du sang ? Hélas ! Hélas ! la rosée tombe, l’heure vient —

— l’heure où je grelotte et gèle, l’heure qui demande, qui demande et qui demande toujours : « Qui a assez de courage pour cela ?

— qui doit être le maître de la terre ? Qui veut dire : c’est ainsi qu’il vous faut couler, grands et petits fleuves ! »

— l’heure approche : ô homme, homme supérieur, prends garde ! ce discours s’adresse aux oreilles subtiles, à tes oreilles — que dit minuit profond ?

*
*           *


5.

Je suis porté là-bas, mon âme danse. Tâche quotidienne ! tâche quotidienne ! Qui doit être le maître du monde ?

La lune est fraîche, le vent se tait. Hélas ! Hélas ! avez-vous déjà volé assez haut ? Vous avez dansé : mais une jambe n’est pas une aile.

Bons danseurs, maintenant toute la joie est passée : Le vin s’est changé en levure, tous les gobelets se sont attendris, les tombes balbutient.

Vous n’avez pas volé assez haut : maintenant les tombes balbutient : « Sauvez donc les morts ! Pourquoi fait-il nuit si longtemps ? La lune ne nous enivre-t-elle pas ? »