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Page:Nietzsche - Ainsi parlait Zarathoustra.djvu/438

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Ils épanchent leurs cœurs, de bonnes heures leur reviennent, ils chôment et ruminent de nouveau, — ils deviennent reconnaissants.

C’est ce que je considère comme le meilleur signe, ils deviennent reconnaissants. Il ne se passera que peu de temps qu’ils ne s’inventent des fêtes et qu’ils n’élèvent des monuments commémoratifs à leurs joies anciennes.

Ce sont des convalescents ! » Ainsi parlait Zarathoustra, joyeux dans son cœur et regardant au dehors ; ses animaux cependant se pressèrent contre lui et firent honneur à son bonheur et à son silence.

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2.

Mais soudain l’oreille de Zarathoustra s’effraya : car la caverne qui avait été jusqu’à présent pleine de bruit et de rire, devint soudain d’un silence de mort ; le nez de Zarathoustra cependant sentit une odeur agréable de fumée et d’encens, comme si des pommes de pin étaient en feu.

« Qu’arrive-t-il ? Que font-ils ? » se demanda Zarathoustra, en s’approchant de l’entrée pour regarder ses convives sans être vu. Mais, merveille des merveilles ! que vit-il alors de ses propres yeux !

« Ils sont tous redevenus pieux, ils prient, ils sont fous ! » — dit-il en s’étonnant au delà de toute mesure. Et, en vérité, tous ces hommes supérieurs, les deux rois, le pape hors de service, le sinistre enchanteur, le mendiant volontaire, le voyageur et l’ombre, le vieux devin, le consciencieux de l’esprit et le plus laid des hommes: ils étaient tous prosternés sur leurs genoux, comme les enfants et