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Page:Nietzsche - Ainsi parlait Zarathoustra.djvu/422

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Ah ! que tu coures dans les forêts vierges,
parmi les fauves bigarrés,
bien portant, colorié et beau comme le péché,
avec les lèvres lascives,
divinement moqueur, divinement infernal, divinement sanguin
que tu coures sauvage, rampeur, menteur :

Ou bien, semblable aux aigles, qui regardent longtemps,
longtemps, le regard fixé dans les abîmes,
dans leur abîmes : — —
ô comme ils planent en cercle,
descendant toujours plus bas,
au fond de l’abîme toujours plus profond ! —
puis
soudain,
d’un trait droit,
les ailes ramenées,
fondant sur des agneaux,
d’un vol subit, affamés,
pris de l’envie de ces agneaux,
détestant toutes les âmes d’agneaux,
haineux de tout ce qui a le regard
de l’agneau, l’œil de la brebis, la laine frisée
et grise, avec la bienveillance de l’agneau !

Tels sont,
comme chez l’aigle et la panthère,
les désirs du poète,
tels sont tes désirs, entre mille masques,
toi qui es fou, toi qui es poète !...

Toi qui vis l’homme,
tel Dieu, comme un agneau — :
Déchirer Dieu dans l’homme,