Ouvrir le menu principal

Page:Nietzsche - Ainsi parlait Zarathoustra.djvu/398

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



« Vous, mes hôtes, les hommes supérieurs, je veux vous parler allemand et clairement. Ce n’est pas vous que j’attendais dans ces montagnes. »

(« Allemand et clairement ? » Que Dieu ait pitié ! dit alors à part lui le roi de gauche ; on voit qu’il ne connaît pas ces bons Allemands, ce sage de l’Orient !

Mais il veut dire « allemand et grossièrement » supérieurs eh bien ! Ce n’est pas là ce qu’il y a le plus mauvais goût aujourd’hui ! »)

« Il se peut que vous soyez tous, les uns comme les autres, des hommes supérieurs, continua Zarathoustra : pour moi cependant — vous n’êtes ni assez hauts ni assez forts.

Pour moi, ce qui veut dire : l’implacable qui se tait en moi, qui se tait, mais qui ne se taira pas toujours. Et si vous m’appartenez, ce n’est pourtant pas comme mon bras droit.

Car celui qui marche lui-même sur des jambes malades et fragiles, comme vous, veut avant tout être ménagé, qu’il le sache ou qu’il se le cache.

Mais moi je ne ménage pas mes bras et mes jambes, je ne ménage pas mes guerriers : comment pourriez-vous être bons à ma guerre ?

Avec vous je me gâterais encore toutes les victoires. Et il y en a parmi vous tomberaient rien déjà, qu’en entendant le roulement de mes tambours.

Vous ne m’êtes pas non plus assez beaux et assez bien-nés. J’ai besoin de miroirs purs et lisses pour mes doctrines ; sur votre surface, ma propre image se dénature déjà.