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Page:Nietzsche - Ainsi parlait Zarathoustra.djvu/36

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et le ventre de l’être ne parle pas à l’homme, si ce n’est comme homme.

Vraiment il est difficile de démontrer l’Être et il est difficile de le faire parler. Dites-moi, mes frères, les choses les plus singulières ne sont-elles pas les mieux démontrées ?

Oui ce moi et la contradiction et la confusion de ce moi parlent le plus loyalement de son existence, ce moi qui crée, qui veut et qui donne la mesure et la valeur des choses.

Et ce moi, l’être le plus loyal — parle du corps et veut encore le corps, même quand il rêve et s’exalte en voletant de ses ailes brisées.

Il apprend à parler toujours plus loyalement, ce moi : et plus il apprend, plus il trouve de mots pour louer le corps et la terre.

Mon moi m’a enseigné une nouvelle fierté, je l’enseigne aux hommes : ne plus cacher sa tête dans le sable des choses célestes, mais la porter fièrement, une tête terrestre qui crée le sens de la terre !

J’enseigne aux hommes une volonté nouvelle : vouloir suivre le chemin qu’aveuglément ont suivi les hommes, approuver ce chemin et ne plus se glisser à l’écart comme les malades et les décrépis !

Ce furent des malades et des décrépits qui méprisèrent le corps et la terre, qui inventèrent les choses célestes et les gouttes du sang rédempteur : et même ces poisons doux et lugubres ils les empruntèrent au corps et à la terre !

Ils voulaient se sauver de leur misère et les étoiles étaient trop loin pour eux. Alors ils soupirèrent : « Oh qu’il