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Page:Nietzsche - Ainsi parlait Zarathoustra.djvu/35

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Il n’était qu’homme et pauvre morceau d’homme et de moi : il sortit de mes propres cendres et de mon propre brasier, ce fantôme, et vraiment, il ne me vint pas de l’au-delà !

Qu’arriva-t-il, mes frères ? Je me suis surmonté, moi qui souffrais, j’ai porté ma propre cendre sur la montagne, j’ai inventé pour moi une flamme plus claire. Et voici ! Le fantôme s’est éloigné de moi !

Maintenant, croire à de pareils fantômes, serait pour moi une souffrance, et un tourment car je suis guéri : ce serait pour moi une souffrance et une humiliation. C’est ainsi que je parle aux hallucinés de l’arrière-monde.

Souffrances et impuissances — voilà ce qui créa les arrière-mondes, et cette courte folie du bonheur que seul apprend celui qui souffre le plus.

La fatigue qui d’un bond veut aller jusqu’à l’extrême, d’un bond mortel, une fatigue pauvre et ignorante qui ne veut même plus vouloir : c’est elle qui créa tous les dieux et tous les arrière-mondes.

Croyez-m’en mes frères ! Ce fut le corps qui désespéra du corps, — il tâtonna des doigts de l’esprit égaré le long des derniers murs.

Croyez-m’en mes frères ! Ce fut le corps qui désespéra de la terre, — il entendit parler le ventre de l’être.

Alors il voulut passer la tête à travers les derniers murs, et non seulement la tête, — il voulut passer dans « l’autre-monde ».

Mais « l’autre monde » est bien caché devant les hommes, ce monde abruti et inhumain qui est un néant céleste ;