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Page:Nietzsche - Ainsi parlait Zarathoustra.djvu/32

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Je prends grand plaisir aussi aux pauvres d’esprit : ils accélèrent le sommeil. Ils sont bienheureux, surtout quand on leur donne toujours raison.

Ainsi s’écoule le jour pour les vertueux. Quand vient la nuit je me garde bien d’appeler le sommeil ! Il ne veut pas être appelé, le sommeil qui est le maître des vertus !

Mais je pense à ce que j’ai fait et pensé dans la journée. En ruminant je m’interroge, patient comme une vache : Quelles furent donc tes dix victoires sur toi-même ?

Et quels furent les dix réconciliations et les dix vérités et les dix éclats de rire dont mon cœur s’est régalé.

En considérant cela, bercé de quarante pensées, soudain s’empare de moi le sommeil, que je n’ai point appelé, le maître des vertus.

Le sommeil me frappe sur les yeux, et ils s’alourdissent. Le sommeil touche ma bouche, et elle reste ouverte.

Vraiment il se glisse chez moi sur de molles semelles, le préféré des voleurs, et il me vole mes pensées : je suis debout, tout bête comme ce pupitre.

Mais je ne suis pas debout longtemps que déjà je m’étends. —

Quand Zarathoustra entendit parler le sage, il rit dans son cœur : car une lumière s’était levée en lui. Et il parla ainsi à son cœur et il lui dit :

Fou me semble être ce sage avec ses quarante pensées : mais je crois qu’il entend bien le sommeil.

Bienheureux déjà celui qui habite auprès de ce sage ! Un tel sommeil est contagieux, même au travers d’un mur épais.