Ouvrir le menu principal

Page:Nietzsche - Ainsi parlait Zarathoustra.djvu/306

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.








Le Convalescent.
______


1.

Un matin, peu de temps après son retour dans sa caverne, Zarathoustra s’élança de sa couche comme un fou, se mit à crier d’une voix terrible, gesticulant comme si quelqu’un qui était encore couché au lit ne voulait pas s’en lever ; et la voix de Zarathoustra retentissait au point que ses animaux effrayés s’approchèrent de lui et que de toutes les grottes et de toutes les cachettes qui avoisinaient la caverne de Zarathoustra, tous les animaux s’enfuirent, — volant, voltigeant, rampant et sautant, selon qu’ils avaient des pieds ou des ailes. Mais Zarathoustra prononça ces paroles :

Monte, pensée vertigineuse, sors de ma profondeur ! Je suis ton coq et ton crépuscule du matin, ver endormi ; lève-toi ! Ma voix finira bien par te réveiller !

Arrache les tampons de tes oreilles : écoute ! Car je veux que t’entendre ! Lève-toi ! Il y a assez de tonnerre ici pour que même les tombes apprennent à entendre !

Efface de tes yeux le sommeil, et tout ce qui est myope et aveugle. Écoute-moi aussi avec tes yeux : ma voix est un remède, même pour ceux qui sont nés aveugles.