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Page:Nietzsche - Ainsi parlait Zarathoustra.djvu/296

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— l’âme la plus vaste qui peut courir, s’égarer et errer le plus loin en elle-même ; elle qui est la plus nécessaire, qui se précipite par plaisir dans le hasard : —

— l’âme qui est, qui plonge dans le devenir ; l’âme qui possède, qui veut entrer dans le vouloir et dans le désir : —

— l’âme qui se fuit elle-même et qui se rejoint elle-même dans le plus large cercle ; l’âme la plus sage que la folie invite le plus doucement : —

— l’âme qui s’aime le plus elle-même, en qui toutes choses ont leur montée et leur descente, leur flux et leur reflux : — ô comment la plus haute âme n’aurait-elle pas les pires parasites ?

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20.

Ô mes frères, suis-je donc cruel ? Mais je vous dis : ce qui tombe il faut encore le pousser !

Tout ce qui est d’aujourd’hui — tombe et se décompose : qui donc voudrait le retenir ? Mais moi — moi je veux encore le pousser !

Connaissez-vous la volupté qui précipite les roches dans les profondeurs à pic ! — Ces hommes d’aujourd’hui : regardez donc comme il roulent dans mes profondeurs !

Je suis un prélude pour de meilleurs joueurs, ô mes frères ! un exemple ! Faites selon mon exemple !

Et s’il y a quelqu’un à qui vous n’appreniez pas à voler, apprenez-lui — à tomber plus vite !


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