Ouvrir le menu principal

Page:Nietzsche - Ainsi parlait Zarathoustra.djvu/273

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



C’est là-dessus que je pourrais entonner un chant —— et je veux le chanter : quoique je sois seul dans une maison vide et qu’il faille que je chante à mes propres oreilles.

Il y a bien aussi d’autres chanteurs qui n’ont le gosier souple, la main éloquente, l’œil expressif et le cœur éveillé que quand la maison est pleine : — à ceux-là je ne ressemble pas. —

*
*           *


2.

Celui qui apprendra à voler aux hommes de l’avenir aura déplacé toutes les bornes ; pour lui les bornes mêmes s’envoleront dans l’air, il baptisera de nouveau la terre — il l’appellera « la légère ».

L’autruche court plus vite que le coursier le plus rapide, mais elle aussi fourre encore lourdement sa tête dans la lourde terre : ainsi de l’homme qui ne sait pas encore voler.

La terre et la vie lui semblent lourdes, et c’est ce que veut l’esprit de lourdeur ! Celui cependant qui veut devenir léger comme un oiseau doit s’aimer soi-même : — c’est ainsi que j’enseigne, moi.

Non pas s’aimer de l’amour des malades et des fiévreux : car chez ceux-là l’amour-propre même sent mauvais !

Il faut apprendre à s’aimer soi-même, d’un amour sain et bien portant : afin d’apprendre à se supporter soi-même et de ne point vagabonder — c’est ainsi que j’enseigne.

Un tel vagabondage s’appelle « amour du prochain » : c’est par ce mot d’amour qu’on a le mieux menti et dissimulé, et ce furent surtout ceux que tout le monde a supporté avec peine.