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Page:Nietzsche - Ainsi parlait Zarathoustra.djvu/255

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Ont-ils perdu courage parce que la solitude m’a englouti comme aurait fait une baleine ? Auraient-ils prêté l’oreille, pleins de désir, longtemps et en vain, pour entendre mes trompettes et mes cris de héraut ?

— Hélas ! Ils y en a toujours très dont le cœur ait un long courage et une longue impétuosité ; et c’est en eux aussi que l’esprit demeure persévérant. Tout le reste est lâcheté.

Tout le reste : ce sont toujours les plus nombreux, le quotidien, le superflu, ceux qui sont de trop. — Tous ceux-là sont des lâches ! —

Celui qui est de mon espèce rencontrera sur son chemin des aventures comme les miennes : en sorte que ses premiers compagnons devront être des cadavres et des acrobates.

Ses seconds compagnons cependant, — ceux-ci s’appelleront ses croyants : une vivante multitude, beaucoup d’amour, beaucoup de folie, beaucoup de vénération enfantine.

C’est à ces croyants que celui qui est de mon espèce parmi les hommes ne devra pas attacher son cœur ; c’est à ces printemps et à ces prairies multicolores que celui qui connaît l’espèce humaine, faible et fugitive, ne devra pas croire !

S’ils pouvaient autrement, ils voudraient aussi autrement. Ce qui n’est qu’à demi gâte tout ce qui est entier. Quand des feuilles se fanent, — pourquoi se plaindrait-on !

Laisse-les aller et tomber, ô Zarathoustra, et ne te plains pas ! Souffle plutôt parmi eux avec des vents qui frôlent, —

— souffle parmi ces feuilles, ô Zarathoustra, que tout ce qui est fané s’en aille de toi plus vite encore ! —