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Page:Nietzsche - Ainsi parlait Zarathoustra.djvu/240

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Ils sont ronds, loyaux et bienveillants les uns envers les autres, comme les grains de sable sont ronds, loyaux et bienveillants envers les grains de sable.

Embrasser modestement un petit bonheur, — c’est ce qu’ils appellent « résignation » ! et en même temps ils louchent déjà modestement vers un nouveau petit bonheur.

Au fond, dans leur simplicité, ils n’ont qu’un désir : que personne ne leur fasse mal. C’est pourquoi ils sont prévenants envers chacun et ils lui font du bien.

Mais cela est de la lâcheté : quoique cela s’appelle « vertu ». —

Et quand il leur arrive de parler avec rudesse, ces petites gens : je n’entends dans leur voix que leur enrouement, — car chaque coup de vent les rend enroués !

Ils sont rusés, leurs vertus ont des doigts rusés. Mais il leur manque les poings : leurs doigts ne savent pas se cacher derrière leurs poings.

La vertu c’est pour eux ce qui rend modeste et apprivoisé : c’est ainsi qu’ils ont fait du loup un chien et de l’homme même le meilleur animal domestique de l’homme.

« Nous avons placé notre chaise au milieu — c’est ce que me dit leur hilarité — et aussi loin des gladiateurs mourants que des truies joyeuses. »

Mais cela est — de la médiocrité : bien que cela s’appelle modération. —


3.

Je passe au milieu de ce peuple et je laisse tomber maintes paroles : mais ils ne savent ni prendre ni retenir.