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Page:Nietzsche - Ainsi parlait Zarathoustra.djvu/223

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pensées. Alors soudain j’entendis un chien hurler tout près de là.

Ai-je jamais entendu un chien hurler ainsi ? Mes pensées retournèrent en arrière. Oui ! Lorsque j’étais enfant, dans ma plus lointaine enfance :

— c’est alors que j’entendis un chien hurler ainsi. Et je le vis aussi, le poil hérissé, la tête dressée, tremblant, au milieu de la nuit la plus silencieuse, où les chiens eux-mêmes croient aux fantômes :

— en sorte que j’eus pitié de lui. Car, tout à l’heure, la pleine lune s’est levée au-dessus de la maison, avec un silence de mort ; tout à l’heure elle s’est arrêtée, disque enflammé, — sur le toit plat, comme sur un bien étranger : —

C’est alors ce qui exaspéra le chien ! car les chiens croient aux voleurs et aux fantômes. Et lorsque j’entendis de nouveau hurler ainsi, je fus de nouveau pris de pitié.

Où donc avaient passé maintenant le nain, le portique, l’araignée et tous les chuchotements ? Avais-je donc rêvé ? M’étais-je éveillé ? Je me trouvai soudain parmi de sauvages rochers, seul, abandonné au clair de lune solitaire.

Mais un homme gisait là ! Et voici ! le chien bondissant, hérissé, gémissant, — maintenant qu’il me voyait venir — se mit à hurler, se mit à crier : — ai-je jamais entendu un chien crier ainsi au secours ?

Et, en vérité, je n’ai jamais rien vu de semblable à ce que je vis là. Je vis un jeune berger, qui se tordait, râlant et convulsé, le visage décomposé, un lourd serpent noir pendant de sa bouche.