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Page:Nietzsche - Ainsi parlait Zarathoustra.djvu/176

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épient ceux dont la science est boiteuse — ils guettent comme des araignées.

Je les ai toujours vu préparer du poison avec précaution ; et toujours ils couvraient leurs doigts de gants de verre.

Ils savent aussi jouer avec des dés pipés ; et je les ai vus jouer avec tant d’ardeur qu’ils en étaient couverts de sueur.

Nous sommes étrangers les uns aux autres et leurs vertus me sont encore plus contraires que leurs faussetés et leurs dés pipés.

Et lorsque je demeurais parmi eux, je demeurais au-dessus d’eux. C’est pour cela qu’ils m’en ont voulu.

Ils ne veulent pas entendre que quelqu’un marche au-dessus de leurs têtes ; et c’est pourquoi ils mirent du bois, de la terre et des ordures, entre moi et leurs têtes.

Ainsi ils étouffèrent le bruit de mes pas ; et jusqu’à présent ce sont les plus savants qui m’ont le moins bien entendu.

Ils ont mis entre eux et moi toutes les faiblesses et toutes les fautes des hommes : — dans leurs demeures ils appellent cela « faux plancher ».

Mais malgré tout je marche au-dessus de leurs têtes avec mes pensées ; et même si je voulais même marcher sur mes propres défauts, je marcherais encore au-dessus d’eux et de leurs têtes.

Car les hommes ne sont point égaux : ainsi parle la justice. Et ce que je veux ils n’auraient pas le droit de le vouloir ! —

Ainsi parlait Zarathoustra.

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