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Page:Nietzsche - Ainsi parlait Zarathoustra.djvu/175

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Je suis trop ardent et trop consumé de mes propres pensées : j’y perds souvent haleine. Alors il me faut aller au grand air et hors de toutes les chambres pleines de poussière.

Mais ils sont assis au frais, à l’ombre fraîche : ils veulent partout n’être que des spectateurs et se gardent bien de s’asseoir où le soleil darde sur les marches.

Semblables à ceux qui stationnent dans la rue et qui regardent bouche béante les gens qui passent : ainsi ils attendent aussi, bouche béante les pensées des autres.

Les touche-t-on de la main, ils font involontairement de la poussière autour d’eux, comme des sacs de farine ; mais qui donc se douterait que leur poussière vient du grain et de la jeune félicité des champs d’été ?

S’ils se montrent sages, je suis horripilé de leurs petites sentences et de leurs vérités : leur sagesse a souvent une odeur comme si elle sortait d’un marécage : et en vérité j’ai entendu déjà les grenouilles coasser en elle !

Ils sont adroits et leurs doigts sont subtils : que veut ma simplicité auprès de leur complexité ! Leurs doigts s’entendent à tout ce qui est filage et nouage et tissage : ainsi ils tricotent les bas de l’esprit !

Ce sont de bons mouvements d’horlogerie : pourvu que l’on ait soin de les bien remonter ! Alors ils indiquent l’heure sans feinte et avec un bruit modeste.

Ils travaillent, semblables à des moulins et à des pilons : qu’on leur jette seulement du grain ! — ils savent bien moudre le grain et le transformer en blanche farine.

Ils se regardent attentivement, les uns les autres, les doigts avec méfiance. Inventifs en petites malices, ils