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Page:Nietzsche - Ainsi parlait Zarathoustra.djvu/159

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Et la vie elle-même m’a confié ce secret : « Voici, dit-elle, je suis ce qui doit toujours se surmonter soi-même.

« Assurément, vous appelez cela volonté de créer ou instinct du but, du plus sublime, du plus lointain, du plus multiple : mais tout cela n’est qu’une seule chose et un seul secret.

« Je préfère encore disparaître que de renoncer à cette chose unique : et en vérité où il y a déclin et chute des feuilles, c’est là que se sacrifie la vie — pour la puissance !

« Qu’il faille que je sois lutte, devenir, but et contradiction des buts : hélas ! celui qui devine ma volonté, devine aussi les chemins tortueux qu’il lui faut suivre !

« Quelle que soit la chose que je crée et la façon dont je l’aime, il faut que bientôt j’en sois l’adversaire et l’adversaire de mon amour : ainsi le veut ma volonté.

« Et toi aussi, qui cherches la connaissance, tu n’es que le sentier et la piste de ma volonté : en vérité, ma volonté de puissance marche aussi sur les traces de ta volonté du vrai !

« Il n’a assurément pas rencontré la vérité, celui qui parlait de la « volonté de vie », cette volonté — n’existe pas.

« Car : ce qui n’est pas ne peut pas vouloir ; mais comment ce qui est dans la vie pourrait-il encore désirer la vie !

« Ce n’est que là où il y a de la vie qu’il y a de la volonté : mais ce n’est pas la volonté de vie, mais — c’est ce que j’enseigne — la volonté de puissance.

« Il y a bien des choses que le vivant apprécie plus haut que la vie elle-même ; mais c’est dans les appréciations elles-mêmes que parle — la volonté de puissance ! » —