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Page:Nietzsche - Ainsi parlait Zarathoustra.djvu/158

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Commander m’est toujours apparu comme un danger et un risque. Et toujours, quand ce qui est vivant commande, ce qui est vivant risque sa vie.

Et quand ce qui est vivant se commande à soi-même, il faut encore que ce qui est vivant expie son autorité. Il faut que ce soit juge, vengeur, et victime de ses propres lois.

Comment cela arrive-t-il donc ? me suis-je demandé. Qu’est-ce qui décide ce qui est vivant à obéir, à commander et à être obéissant même, en commandant ?

Écoutez donc mes paroles, vous les plus sages ! Examinez sérieusement si je suis entré au cœur de la vie, jusqu’aux racines de son coeur !

Partout où j’ai trouvé ce qui est vivant, j’ai trouvé de la volonté de puissance ; et même dans la volonté de celui qui obéit j’ai trouvé la volonté d’être maître.

Que le plus fort domine le plus faible, c’est ce que veut sa volonté qui veut être maîtresse de ce qui est plus faible. C’est là la seule joie dont il ne veuille pas être privé.

Et comme le plus petit s’abandonne au plus grand, car le plus grand veut jouir du plus petit et le dominer, ainsi le plus grand s’abandonne encore et risque sa vie pour la puissance.

C’est là l’abandon du plus grand : qu’il y ait témérité et danger et que le plus grand joue sa vie.

Et où il y a sacrifice et service rendu et regard d’amour, il y a aussi volonté d’être maître. C’est sur des chemins détournés que le plus faible se glisse dans la forteresse et jusque dans le cœur du plus puissant — c’est là qu’il vole la puissance.