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Page:Nietzsche - Ainsi parlait Zarathoustra.djvu/146

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Bien des soleils gravitent dans l’espace vide : leur lumière parle à tout ce qui est ténèbres, — c’est pour moi seul qu’ils se taisent.

Ô ceci est l’inimitié de la lumière contre ce qui est lumineux ! Impitoyablement elle suit sa voie.

Injustes au fond du cœur contre tout ce qui est lumineux, froids envers les soleils — ainsi vont tous les soleils.

Semblables à une tempête, les soleils suivent leurs orbites ; ceci est leur route. Ils suivent leur volonté impitoyable ; ceci est leur froideur.

Hélas ! c’est vous seuls, obscurs et nocturnes qui créez la chaleur par la lumière ! hélas ! c’est vous seuls qui prenez un lait réconfortant aux mamelles de la lumière !

Ah ! il y a de la glace autour de moi, ma main se brûle aux glaçons ! ah ! il y a de la soif en moi qui aspire après votre soif !

Il fait nuit : hélas ! pourquoi me faut-il être lumière ! et soif de la nuit ! et solitude !

Il fait nuit : voici que mon désir jaillit comme une source, — mon désir de parler.

Il fait nuit : voici que s’élève plus haut la voix des fontaines jaillissantes. Et mon âme, elle aussi, est une fontaine jaillissante.

Il fait nuit : voici que s’éveillent tous les chants des amoureux. Et mon âme, elle aussi, est un chant d’amoureux. —

Ainsi chantait Zarathoustra.

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