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Page:Nietzsche - Ainsi parlait Zarathoustra.djvu/133

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Que m’est-il donc arrivé ? Comment me suis-je délivré du dégoût ? Qui a rajeuni mes yeux ? Comment me suis-je envolé sur les hauteurs où il n’y a plus de canaille assise à la fontaine ?

Mon dégoût lui-même m’a-t-il créé des ailes et les forces qui pressentaient les sources ? En vérité, j’ai dû voler au plus haut pour retrouver la fontaine de la joie !

Oh, je l’ai trouvée, mes frères ! Ici, au plus haut, jaillit pour moi la fontaine de la joie ! Et il y a une vie où l’on s’abreuve sans la canaille !

Tu jaillis presque trop violemment, source de joie ! Et souvent tu vides de nouveau la coupe en voulant la remplir !

Il faut encore que j’apprenne à t’approcher plus modestement : trop violemment mon cœur afflue à ta rencontre : —

Mon cœur où brûle mon été, cet été court, chaud, mélancolique et bienheureux : combien mon cœur estival désire ta fraîcheur, source de joie !

Passée, l’hésitante affliction de mon printemps ! Passée la méchanceté de mes flocons de neige en juin ! Je devins estival tout entier, et après-midi d’été !

Un été dans les plus grandes hauteurs, avec des froides sources et une bienheureuse tranquillité : oh, venez mes amis, que cette tranquillité devienne plus bienheureuse encore !

Car ceci est notre hauteur et notre patrie : notre demeure est trop haute et trop escarpée pour tous les impurs et leur soif.

Jetez donc vos purs regards dans la source de ma joie, amis ! Comment s’en troublerait-elle ? Elle vous sourira avec sa pureté.