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Page:Nietzsche - Ainsi parlait Zarathoustra.djvu/128

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Et il en est d’autres qui sont attirés vers en bas : leurs diables les tirent. Mais plus ils enfoncent, plus leur œil brille et leur désir convoite leur Dieu.

Hélas, le cri de ceux-là parvint aussi à votre oreille, ô vertueux : « Ce que je ne suis pas, c’est là ce qui est pour moi Dieu et vertu ! »

Et il en est d’autres qui s’avancent lourdement et en grinçant, comme des chariots qui portent des pierres vers la vallée : ils parlent beaucoup de dignité et de vertu, — c’est leur frein qu’ils appellent vertu.

Et il en est d’autres qui sont semblables à des pendules que l’on remonte ; ils font leur tictac et veulent que l’on appelle tictac — de la vertu.

En vérité, ceux-ci m’amusent : partout où je rencontrerai de ces pendules, je leur en remontrerai avec mon ironie ; et il faudra bien qu’elles se mettent à ronfler.

Et d’autres sont fiers d’une poignée de justice, et à cause d’elle, ils blasphèment toutes choses : de sorte que le monde se noie dans leur injustice.

Hélas, quelle nausée, quand le mot vertu leur coule de la bouche ! Et quand ils disent : « Je suis juste », cela sonne toujours comme : « Je suis vengé ! »

Ils veulent crever les yeux de leurs ennemis avec leur vertu ; et ils ne s’élèvent que pour abaisser les autres.

Et il en est d’autres encore qui croupissent dans leur marécage et qui parlent d’entre leurs roseaux : « Vertu — c’est se tenir tranquille dans le marécage.

Nous ne mordons personne et nous évitons celui qui veut mordre ; et en toutes choses nous sommes de l’avis que l’on nous donne. »