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Page:Nietzsche - Ainsi parlait Zarathoustra.djvu/127

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Que tous les secrets de votre fond paraissent à la lumière ; et quand vous serez étendus au soleil, fouillés et brisés, votre mensonge aussi sera séparé de votre vérité.

Car ceci est votre vérité : vous êtes trop propres pour la souillure des mots : vengeance, punition, récompense, représailles.

Vous aimez votre vertu, comme la mère aime son enfant ; mais quand donc entendit-on qu’une mère voulait être payée de son amour ?

Votre vertu, c’est votre vous-même qui vous est le plus cher. Vous avez en vous la soif de l’anneau : c’est pour revenir sur soi-même que tout anneau s’annelle et se tord.

Et toute œuvre de votre vertu est semblable à une étoile qui s’éteint : sa lumière est encore en route et elle suit toujours son orbite, — quand ne sera-t-elle plus en route ?

Ainsi la lumière de votre vertu est encore en route, même quand l’œuvre est accomplie. Qu’elle soit donc oubliée et morte : son rayon de lumière est encore en voyage.

Que votre vertu soit votre vous-même et non quelque chose d’étranger, un épiderme et un manteau : voilà la vérité du fond de votre âme, ô vertueux ! —

Mais il y en a certains aussi pour qui la vertu s’appelle un spasme sous le fouet : et vous avez trop écouté les cris de ceux-là !

Et il en est d’autres qui appellent vertu la paresse de leur vice ; et quand une fois leur haine et leur jalousie s’étirent les membres, leur « justice » se réveille et se frotte les yeux somnolents.