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Page:Nietzsche - Ainsi parlait Zarathoustra.djvu/126

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Des Vertueux.
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C’est à coups de tonnerre et de feux d’artifice célestes qu’il faut parler aux sens flasques et endormis.

Mais la voix de la beauté parle bas : elle ne s’insinue que dans les âmes les plus éveillées.

Aujourd’hui mon bouclier doucement m’a ri et tressailli, c’était le frisson et le rire sacré de la beauté !

C’est de vous, ô vertueux, que riait ma beauté ! Et ainsi m’arrivait sa voix : « Ils veulent encore être — payés ! »

Vous voulez encore être payés, ô vertueux ! Vous voulez être récompensés de votre vertu, avoir le ciel en place de la terre, et de l’éternité en place de votre aujourd’hui ?

Et maintenant vous m’en voulez de ce que j’enseigne qu’il n’y a ni rétributeur ni comptable ? Et, en vérité, je n’enseigne même pas que la vertu soit sa propre récompense.

Hélas ! c’est là mon chagrin : on a astucieusement introduit la récompense et le châtiment au fond des choses — et même encore au fond de vos âmes, ô vertueux !

Mais, pareille au boutoir du sanglier, ma parole doit déchirer le fond de vos âmes ; je veux être pour vous un soc de charrue.