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porte et faisaient de telles grimaces, que cet obligeant personnage crut devoir leur distribuer des coups de canne. « Monsieur, me dit-il, je me ferai un plaisir d’accompagner un voyageur qui paraît distingué, et de lui faire les honneurs de la ville. Ces drôles vous auraient volé votre argent ; ils sont incapables d’apprécier les choses d’art. Je vous préviens qu’il ne faut donner que quatre sous à la maison du czar Pierre. On abuse ici de la facilité des étrangers. Maintenant, si vous voulez voir la maison, accompagnez-moi ; je vais de ce côté. »

À cent pas du port, presque dans la campagne, on rencontre une petite porte verte sur le bord d’un ruisseau. Au fond d’une cour de ferme est une maison qui a l’aspect d’une grange. C’est dans cette maison, — qui recouvre l’ancienne comme un verre couvre une pendule, — qu’existe encore la cabane parfaitement conservée du charpentier impérial. Dans la première pièce, on voit une haute cheminée dans l’ancien goût flamand, que surmonte une plaque gravée qu’a fait poser l’empereur Alexandre ; de l’autre côté, un lit pareil à nos lits bretons ; au milieu, la table de travail de Pierre, chargée d’une quantité d’albums qui reçoivent les autographes et les inspirations poétiques des visiteurs. La seconde pièce contient divers portraits et légendes. Les cloisons de sapin sont entièrement couvertes de signatures et de maximes, comme si les albums n’avaient