Ouvrir le menu principal

Page:Nerciat - Les Aphrodites, 1864.djvu/716

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
166
LES APHRODITES


il n’est point défiguré !… Quel genre de mort a-t-il donc choisi ?…

John. — Le poison, dans du vieux vin de Hongrie.

Milord (soupirant). — Il a été mieux avisé que moi, qui me suis si gauchement brûlé la cervelle et me vois condamné, pour tous les siècles, à repousser la beauté par ma tragique laideur, tandis que l’heureux état où je me trouvais au moment du trépas me force à brûler de la soif des faveurs du beau sexe…

John. — Détournez ces idées, milord.

Milord (avec douleur). — Ô ma petite Cléophile ! je me suis tué pour toi par jalousie, la rage dans le cœur, mais le désir autre part ! Tandis que tu me cocufies du matin au soir dans Paris, je bande vainement chez les morts, poursuivant, sans jamais en atteindre aucune, des vierges folles suicidées à leur manière, qui fuient dès que je parais à leurs yeux avec mon crâne démoli, sanglant et privé d’un œil… Que Lucifer confonde l’amour et toutes celles qui l’inspirent, aussi bien sur terre que dans les enfers !