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Page:Nerciat - Les Aphrodites, 1864.djvu/530

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LES APHRODITES


Serrepine). — Et mademoiselle qui renchérit encore sur vous.

La Comtesse. — Elle, je ne sais pas à propos de quoi. Quant à moi, je n’ai pas cessé de m’en donner cette nuit… Serrepine a couché seule, je crois, et vers onze heures elle dormait encore.

Serrepine[1] (avec grâce). — Je bâillais par sympathie : les moindres mouvements de madame la comtesse me font une singulière impression…

  1. Mademoiselle Serrepine, vingt-sept ans ; haute et mince haridelle que la petite comtesse a ramassée sur le pavé de Londres, où cette demoiselle a fait quelques éducations. Elle est née au pays de Vaud, contrée fort sentimentale qui fournit à une partie de l’Europe des mentors philosophes, à l’usage de l’adolescence des deux sexes. L’essentielle qualité de mademoiselle Serrepine est d’être adulatrice au superlatif ; l’hypocrisie du cru marche ensuite. Serrepine a de l’esprit sans jugement, de la culture sans savoir, de la taille sans grâces, des traits sans charmes. Il n’y a qu’heur et malheur dans ce bas-monde. Si mademoiselle Serrepine, au lieu de se marier au jour, à l’heure, s’était fait solidement l’épouse de quelque industrieux courtier, que sait-on ? peut-être jouerait-elle, comme une autre, un certain rôle aujourd’hui. Mais elle adule au lieu d’être adulée ; vile complaisante du premier être qu’elle peut empaumer, elle est toute dévouée aux vices, aux caprices de quiconque peut ajouter aux cent livres sterling de pension qu’on lui a composée à la suite de sa carrière pédagogique, glorieusement conduite d’après les excellents traités de la très-célèbre et très-morale comtesse de Genlis.