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Page:Nerciat - Les Aphrodites, 1864.djvu/17

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C’EST TOI ! C’EST MOI !


la grille. Il est inutile de parler à l’autre portier. Sourd, il ne vous entendrait pas ; muet, il ne pourrait vous répondre. Vous irez à droite, le long du portique, jusqu’à l’angle de la cour.

Le sourd, qui a vu le chevalier, vient ouvrir la grille. Dès qu’il a passé, cet homme referme, tandis que le chevalier va du côté qu’on lui a indiqué[1]. On entend un coup de sifflet très-bruyant.

Madame Durut[2] (avertie par le sifflet,

  1. Cette combinaison de deux portiers dont chacun est privé d’un sens fort nécessaire fut imaginée par les anciens Aphrodites, et les vieux serviteurs ont été conservés. La plupart des choses qu’on voudrait tenir secrètes sont ébruitées par les valets, s’il y en a dans la confidence. Comment pourrait-il transpirer au dehors que madame une telle, monsieur un tel, sont venus, si, de deux personnes nécessaires à leur introduction, la première ne voit point, et si la seconde, fixée dans l’intérieur, ne peut recevoir ni faire aucun rapport.
  2. Madame Durut, trente-six ans, brune, blanche, dodue, irrégulièrement jolie, très-bien conservée et fort piquante encore ; fille d’une femme de charge, elle fut nourrie dans la maison du père du chevalier. Non-seulement elle a soigné l’enfant de celui-ci, mais elle s’est fait son précepteur d’amour ; quand il a eu seize ans, elle lui a ravi ses désirables prémices. Madame Durut est bonne, vive, étonnamment active, non moins intrigante, et dominée par un indomptable tempérament, qui a décidé de sa vocation quand elle a brigué le pénible mais amusant et lucratif emploi de concierge de l’hospice des Aphrodites.
1.