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Page:Nerciat - Les Aphrodites, 1864.djvu/152

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LES APHRODITES


ma langue, que ce menton satiné, que cette respiration de rose, sont d’un spectre effrayant ? N’ai-je pas touché les demi-globes de tes longs yeux ? Tes cils n’ont-ils pas chatouillé délicieusement mes lèvres amoureuses ? Puis-je ignorer que Bérénice ne pouvait avoir de plus beaux cheveux que les tiens ? Diane pouvait-elle avoir la tête mieux placée sur un col arrondi par l’amour ? Prouve, prouve-moi donc ta laideur, femme cruelle, et ménage-moi l’occasion de te prouver à mon tour que tout ce dont je ne puis juger fût-il affreux, je connais déjà de toi plus qu’il n’en faut pour que je t’idolâtre le reste de ma vie !

Pendant que Limecœur peignait avec tant de feu sa très-sincère ardeur, la marquise a poussé, sans qu’il s’en soit aperçu, certain bouton qui a fait sonner où il convient pour que madame Durut se montre. Comme on n’a sonné qu’une fois (ce qui signifie qu’on veut du mystère), madame Durut (si bien toutes choses sont minutieusement soignées dans cette maison), madame Durut, dis-je, a pu ouvrir sans que Limecœur eût été le moins du monde averti.