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LES FOLIES AMOUREUSES.



Jettons au loin les crayons noirs dont nous venons à regret de nous servir. Détournons les regards du lecteur de l’affreux spectacle des crimes. Ceux que nous venons de peindre, outragent les lois ; nous nous réjouissons du chatiment que ces lois leur ont infligé. — Périssent les scélérats qui cherchent le bonheur dans la ruine de l’ordre social, et dans la honte des objets qui ont le malheur de leur inspirer ces désirs destinés par la nature à faire la félicité des humains, e : non à leur causer des peines cuisantes !… Mais trêve à la morale, et parlons du sixième tableau que nous avons à expliquer.

Le spectateur nous suit encore dans un lieu champêtre ; il voit des instrumens, l’ustensile d’une collation, des baquets… Qu’il se rassure, il ne tombera point ici de Ricanière et de Diavolo : les bonnes gens qu’une partie de bain dans une rivière voisine a réuni, n’ont rien à craindre de personne… Cette bande a pourtant mis de la partie un ennemi… mais débonnaire, et qui ne leur jouera point de méchant tour. Ce n’est qu’une ample provision d’un vin doux, tout frais découlé du pressoir, et dont ils ont pris outre mesure… On voit de quelle façon cet agréable ennemi fait perdre la tête à nos extravagans.

Il ne sera pas trop facile de faire connaître en particulier chacun des êtres qui figurent dans ce monceau de sacrificateurs de Priape : essayons du moins d’être aussi clairs que possible, et sachons à propos de quoi, l’on s’est ainsi juchés les uns sur les autres sans penser à s’assortir peut-être un peu plus convenablement.

Une femme couchée sur des carreaux, et dont on goûte, à la manière naturelle les suprêmes faveurs, est Mlle. Julie, jeune cantatrice française, mais qui s’est instruite en Italie, et qui voyage pour recueillir les fruits de son précieux talent. Le jeune homme qui la sert, à la française, est l’aimable Mignoni, peintre milanais, attaché