Page:Nerciat - Contes saugrenus, 1799.djvu/96

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

Jannette la tête presque perdue, tâche d’échapper. Le chevalier veut la poursuivre ; Guillot s’oppose et se collette avec la Ricanière, qui est assés généreux toutefois pour ne point se servir de son arme à feu. Quelques coups de poing sont donnés de part et d’autre, mais dans ce moment le lâche Diavolo, outré de ce qu’on ôse frapper son maître, tire, et blesse au bras l’infortuné villageois : celui-ci perd connaissance. En même tems l’assassin se rue sur Dorothée évanouie, et la met à mal. Cependant la Ricanière au lieu de secourir le malheureux Guillot, se hâte de saisir Jannette, et lui présentant le bout de son pistolet, lui déclare que si elle ne fait les choses de bonne grace, il ne l’épargnera point. Il ne songe qu’à l’effrayer, son dessein n’étant point d’en venir à cet excès de crime. Jannette retrouvant alors toutes ses forces et sa présence d’esprit se défend avec vigueur ; elle fait retentir de ces cris violens, les échos de ce site sonore ; elle met en sang la figure du Tarquin ; elle a même tiré de sa poche un couteau, mais comme elle croit en frapper son infâme adversaire, il la souleve de terre en lui faisant perdre l’équilibre du côté de son bras armé. La manière dont elle tombe, rend l’arme inutile, et la posture devient si propice aux vues brutales du champion ; que sans plus d’obstacles, il peut ébaucher la consommation de son attentat horrible. C’est à ce moment que fond dans la caverne un détachement de maréchaussée, ayant à sa tête son exempt. Cette petite troupe amenée par la providence, passait à cheval au même instant où Jacot fuyait, criait au meurtre, et où des cris, à la suite d’un coup de feu, dénonçaient qu’il se commettait par là quelque crime.

Cependant la Ricanière, au fort de ses succès, n’a pas la prudence de se dégager : il croit que son pistolet en imposera, mais, Jannete a l’adresse de lui soulever le bras et rend sa menace vaine. Le Chevalier lui même est tenu en joue par un cavalier… Cependant la pauvre Jannette a subi presqu’en entier l’infâme outrage…

Le cavalier qu’on voit se précipiter du haut de la roche est Tonnère, qui furieux, s’apprête à venger sa niéce sur laquelle il a vu expirer l’infâme Diavolo. Dorothée, pétrifiée, moitié par la peur, moitié par le plaisir que son malheureux tempérament lui a permis de prendre avec un brigand, reste dans une honteuse attitude. Le