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Diavolo. Ce sont leurs amoureux eux mêmes qui nous les amènent.

La Ricanière. Celui-là est fort, quoi ! Mr. Guillot, l’épouseur, à ce qu’on dit…

Diavolo. Lui même, et un certain Mr. Jacot, que nous n’avions pas l’honneur de connaître, mais que j’ai découvert être le rival redoutable qu’il me faut supplanter auprès de la grande Dorothée. Cette concurrence me pique, et j’en tiens maintenant pour cette dindonière, sachant qu’en la croquant je triompherai de son sot amoureux, et d’elle même. Sans cela j’aurais trouvé assés bête d’avoir cette grande jument là.

La Ricanière. La circonstance de démonter Mr. Guillot est aussi ce qui ajoute à ma fantaisie dans cette rustique aventure. Comme nos amis se moqueraient de nous, mon cher Diavolo, s’ils savaient quelle chasse nous nous amusons à faire maintenant, et quel gibier nous nous abaissons à faire tomber dans nos toiles…

Diavolo. A la bonne heure, mais je gagerai que ces imbéciles de paysannes, quoiqu’elles ayent bien chacune vingt ans, ont encore leurs pucelages, et c’est un gibier que nous n’avons jamais eu l’honneur d’attraper à nos belles chasses de Paris, et des villes de guerre ; si fait bien d’autres aubaines fort désagréables.

La Ricanière. Ah ! De la morale ! Songeons au plaisir…

Le résultat de cette conversation est qu’on va tenter l’aventure. „ Il faut dit le maître des cérémonies, (Monsieur Diavolo) que tantôt vous vous affubliés de mon costume paré de chasseur polonais, qu’on ne connaît point dans ces lieux, et j’endosserai, moi, celui qui me sert pour le voyage. Nous aurons, de la sorte, l’air de deux voleurs voyageurs, nous aurons renforcé le noir de nos sourcils, et donné à nos barbes une teinte de bleu de prusse, nous serons effrayans. Je vous conduirai en lieu tout à fait propre à une scène de brigandage ; les amoureux arriveront avec leurs amantes ; c’est de quoi nous sommes convenus : ils feront semblant d’avoir