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Diavolo. (secoué) Ayés, Monsieur ! Ayés… mais que j’aie mon bras, s’il vous plait…

La Ricanière. Et si vous avés un peu d’ame, vous apprendrés à vivre de même à cette Dorothée, qui probablement est dans les principes de sa paysanne de maîtresse, et qui certes n’est pas connaisseuse, si elle ne vous voit point (mais avec toute vérité pour le coup) la phisionomie d’un pendard.

Diavolo. Nous ferons sans doute ensemble. Monsieur, l’apprentissage chés l’apoticaire ? N’est ce pas ?…

La Ricanière. Je cède à ton génie criminel, l’honneur d’inventer un moyen de me mettre dans les bras de Mlle. Jannette… Songe que je ne veux pas, mon cher Diavolo, qu’il m’en coute un soin, une complaisance, une feinte… un cadeau… Je veux l’avoir, pour me venger de sa capricieuse antipathie, et tout de suite la berner, à la faire crever de rage.

Diavolo. Oh ! le joli petit roman que nous allons filer !… Qui de nous, Monsieur, est le plus pend…

La Ricanière. (frappant brutalement du pied et lorgnant une canne, a coupé la parole au valet) Drôle !… (la Ricanière n’a plus qu’à se mettre au lit — en se couchant.) Songés cette nuit à ce qu’il faudra faire pour que mon projet réussisse, et demain matin faites moi part de votre plan. — Allés.

Comme chacun a son amour propre, et comme ce n’était pas précisément de l’attachement qu’avait le Diavolo pour son peu sensible maître, ce valet ne se sentit pas, au sortir de l’entretien, un bien grand zèle à prendre dans cette occasion le caducée. Rendre compte, dès le lendemain, du plan d’une opération difficile ! Cela n’était pas aisé ! La demande en était déraisonnable : cependant, rester court ! Démentir la haute réputation qu’on a de réussir à tout ce qu’on s’avise d’entreprendre ; flétrir, dans un cul-de-sac champêtre, tant de lauriers conquis dans les plus grandes villes ! Non Diavolo : (se dit

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