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Diavolo. A la cour, soit : ou dans le grand monde. Vous n’avés j’amais fait ailleurs l’essai de vos talens séducteurs, mais au village, Monsieur ! C’est autre chose… avant mon départ, j’ai songé aussi à cette métairie du Mont…

La Ricanière. Maraud ! Vous auriés osé porter vos vües jusqu’à la belle Jannette, quand elle me parait digne de moi…

Diavolo. Quelle chienne de querelle d’Allemand ! Quand j’aurais porté mes vües jusqu’à la belle Jannette, (il a contrefait son maitre naturellement) où serait, s’il vous plait le grand venés y voir ! M’aviés vous signifié, qu’elle vous parait (imitation changée) digne de vous ? mais tranquillisés vous. Monsieur, ce n’est point à la belle Jannette que j’en voulais, et tout à l’heure vous en saurés la raison : mes très humbles vües se bornaient à la grosse et grande Dorothée, fille d’atour… non seulement de la princesse Jannette, mais, sauf votre respect, de tous les dindons, mon cher maître, poulets et cochons de la ferme…

La Ricanière. Mais ! Mons Diavolo si difficile, et qui ne daignait faire attention tout au plus qu’à des filles de chambre dans nos garnisons et à Paris, le voilà ravalé jusqu’aux dindonières…

Diavolo. A la faim, tout pain : et puis, faut-il vous le dire tout uniment ! Il y a dans les environs, un grand garçon, bien bâti, assés bien élevé pour un paysan, et qui se nomme Guillot, il fait sa cour pour le mariage à la belle Jannette…

La Ricanière. (avec mépris) Guillot ! Voilà peut-être, l’un des obstacles que vous aviés à me citer.

Diavolo. Si ce n’est pas le mérite de sa personne, qui fait l’obstacle, c’est du moins la prévention favorable où l’on est pour lui. — Second obstacle : comme au village on n’a point de tact, il est arrivé que Mlle. Jannette la petite fermière, vous a pris de travers, et vous déteste…

La Ricanière. Me déteste ! A propos de quoi ! Par quelle aventure pourrais-tu le savoir !

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