Page:Nerciat - Contes saugrenus, 1799.djvu/85

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

Diavolo. Ne devais-je pas la réparer.

La Ricanière. Que veux-tu dire ?

Diavolo. Que vous aviés manqué de prévoyance, et que ce n’est pas mon défaut, à moi. Vous imaginés vous que, lorsque le peu d’argent qui vous restait lors de mon départ sera mangé, (car enfin il en faut pour les menus plaisirs,) votre vieux hibou de parent en remettra dans votre poche ?

La Ricanière. En effet : je l’ai déjà pressenti sur l’approche du besoin, il a fait la sourde oreille,

Diavolo. Eh bien donc : n’est-il pas heureux que je me sois avisé de mettre pour vous quelque chose de côté, (il tire de sa poche une petite bourse) voici, Monsieur, quatorze louis, deux écus de six livres, trois petits écus, deux pièces de vingt quatre sols et une de douze…

La Ricanière. Animal ! Que ne dis-tu quinze louis tout de suite…

Diavolo. Animal ! Voilà mon remerciment.

La Ricanière. (saisissant la bourse) D’avoir volé mon oncle ? (Diavolo se tourne, et se mord les doigts, regrettant un bon office qui lui réussit aussi mal.) Je gage qu’au delà de ces quinze louis, tu en as fripponé le double pour ton compte ! Un cheval crevé !… où cela ? peux-tu montrer un certificat de maréchal ? une quittance de maître de poste ! Fripon !

Diavolo. Malepeste ! Il faut que l’air de ce chateau ſoit diablement contagieux pour l’avarice, vous vous mettés à compter avec moi comme une procureuse avec sa domestique ! Et si je n’avais rien accusé de ma petite épargne ! Car enfin, l’orage des coups de bâton s’était heureusement dissipé !… Je pouvais… Mais, perdés votre ame pour bien servir un maître : voilà comme il vous en sait gré !