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Ce personnage était un drôle, venu de fort loin, et qui par ses talens, ainsi que par son intrépide audace à brouillonner, duper, mystifier, corrompre, s’était rendu digne, du beau surnom que nous venons de citer. Mais le Sr. Diavolo, domestique du Chevalier, courrait le monde, envoyé par Mr. de Monroc avec une somme, pour ramasser en plusieurs lieux les effets épars de Mr. de la Ricanière. A Monroc, sans plaisir ! sans chevaux anglais ! sans filles ! sans Diavolo ! Nous ne savons trop ce qui serait arrivé du désolé Mr. de la Ricanière si, certain jour, enfin l’incomparable n’avait reparu, rapportant la plus mauvaise partie des effets de son maître, mais en revanche un mémoire de frais abusifs, qui avait absorbé l’argent destiné au rachat des meilleures nipes…

Peu s’en fallut que l’infidéle missionnaire ne fut, à son arrivée régalé par Mr. de Monroc, de cent coups de bâton, ou livré à la justice… Cependant, comme à la mauvaise gestion, s’étaient joints des malheurs, quoiqu’on n’aie pu donner aucune preuve, le sombre ami des hommes, voulut bien faire grace, se reservant, in petto, de si bien surveiller le Sr. Diavolo que, pour peu qu’il donnât de nouveaux sujets de se plaindre de lui, un notable châtiment devait suivre à l’instant ses nouvelles fredaines…

Dès le premier soir, au déshabiller, il y eut, entre Mr. de la Ricanière et son valet impayable le petit entretien que voici.

Diavolo. J’ai l’honneur de vous être fort attaché, mon cher maître, mais s’il devait m’arriver encore, dans ce séjour maudit, quelque alerte pareille à celle de tantôt, je n’y tiendrais pas, je vous le jure.

La Ricanière. C’est qu’aussi, permets moi de te le dire, tu as horriblement volé le bon homme ! Il t’avait donné de quoi tout rachêter, sur le pied de la déclaration que je lui avais faite…

Diavolo. Et que vous aviés eu la simplicité de donner au juste !

La Ricanière. Tu as par ma foi raison ! Je le sens à présent ! Je fis dans l’occasion une sottise.