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m’oublier.) Isabelle au bout de deux mois, fidèle encor à Valère, s’était enfui du chateau-bordel de Mde… la prétendüe protectrice… Point de nouvelles de Valère pendant trois, quatre, cinq mois !… il faut vivre… on écoute un amant… voila la chaine du sentiment prisée… le temperament s’allume… ingrat ! parjure Valère on se vengera ; monstre ! tu l’as bien mérité.

D’encore en encore, Isabelle prend goût à la chose, elle y trouve plaisir et profit. Cependant de peur de prostituer le nom respectable d’un époux qui est jetté dans une carrière d’honneur et toujours secrétement adoré, la décente Isabelle s’est sacrifiée, et c’est sous un nom de coquine, en s’en donnant tout l’extérieur, tous les tons, comme toutes les fonctions, qu’elle fait dormir le titre d’épouse et celui de comtesse. Il ne tient donc qu’au sieur Valère, (puni de sa négligence ou trompé par les postes,) de se croire toujours également cher, et de ne voir dans tout ce que s’est permis sa tendre Isabelle, qu’un officieux travestissement. Il n’a fallu rien moins que le tumulte, où elle s’est mise à vivre, pour la distraire d’une malheureuse passion ; rien moins qu’une infinité d’hommes, pour la dédommager d’un seul, qu’elle sent préférer encore à l’univers…

Quand on a grand appétit, quand on a grand besoin de se retrouver dans les bras d’une femme, la position de Valère n’empêche ni de se mettre à table, ni de… je ne dirai pas quoi…

Mde. de Prudejoye. Chés la du Puisard on le risquerait…

La Présidente. Mais chés moi, le Chevalier sait que le mot n’est jamais permis… (en riant) la chose à merveille.

l’Abbé. Je voudrais pour la rareté du fait que lorsque Valère aura soupé il fit la paix avec sa femme sur le pied du lit. Cela serait bien aussi brave que son action d’Amérique…

Le Chevalier. Comment donc ! Après avoir soupé ! Cette paix, mon cher Abbé, fut faite entre les deux services.

Mlle. de Franchemotte. J’aime ce Valère à la folie : sa conduite est celle d’un homme de bon sens, et dont le cœur est admirable…